Ethnographies de la souffrance, ou la vie psychique de l’histoire

Roberto Beneduce
MSH, 54 bd Raspail, salle 15
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16 juin 2021
10:00
À propos de l'évènement

Corps-animal et animisme africain. Retour sur le culte ndöp, la possession, l’ethnopsychiatrie de Fann-Dakar et les cures rituelles des troubles mentaux en Afrique (Maroc, Sénégal, etc.). 10h-12h

Souvent décrite comme une école de pensée capable de mobiliser alliances disciplinaires originelles et concepts novateurs à la frontière de l’ethnologie, la psychanalyse et la psychiatrie, l’expérience de Fann-Dakar a été aussi l’objet de controverses infinies qui ont fait de cette école le lieu par excellence des malentendus et des conflits épistémologiques post coloniaux. En assumant ce que nous dit de la folie en Afrique le « spectre » de Fann-Dakaret son « héritage impossible » (Kilroy-Marac), nous considérerons lors de cette rencontre les dimensions politiques cachées d’un conflit qui semble opposer les tenants de la modernité psychiatrique d’un côté et les défenseurs des traditions thérapeutiques africaines de l’autre.

Nous proposerons d’appliquer au rituel ndöp – au centre des études de l’école de Fann- Dakar – et plus généralement à des données africaines, la théorie de perspectivisme élaborée par Descola, Vilaça et Viveiros de Castro à partir des exemples amazoniens mais généralisable à d’autres contextes culturels et qui permet d’appréhender sous un nouveau regard l’animisme. Nous nous appuierons pour le faire sur les mots et les images d’un film récemment réalisé dans un hôpital psychiatrique sénégalais, qui met en scène de manière unique les dimensions sociales et politiques de la souffrance, la voix des malades, et les enjeux religieux de lacure.


Imaginaires religieux, savoirs thérapeutiques et pratiques rituelles en Afrique sub-saharienne

Les conférences vont être consacrées à l’étude de ce que j’ai appelé ailleurs (Beneduce  2012 ; 2020 ; Gibson et Beneduce 2017) la « vie psychique de l’histoire », voire : les imbrications des temporalités dans les rituels thérapeutiques, l’expérience du religieux et la gestion sociale de la souffrance. Nous analyserons d’abord des questions méthodologiques, en particulier la place de la violence sociale et familiale (cachée, manifeste, « refoulée ») dans la recherche ethnographique sur les imaginaires religieux et les pratiques rituelles, en soulignant comment la difficulté à prendre en charge la dimension obscure et conflictuelle des relations sociales contribue parfois à orienter l’enquête, et à « construire » l’image d’une pratique, d’un champ de connaissance ou de pratiques  (« l’animisme », «le sacrifice », « la sorcellerie », les « rituels religieux », la « médecine traditionnelle »,par exemple), ou d’une société. Le non traitement de ce biais méthodologique a déterminé quelques faiblesses théoriques dans l’ethnopsychiatrie contemporaine ainsi que dans l’anthropologie du religieux.

Partant de cette question théorique et méthodologique, les conférences vont mobiliser certains terrains ethnographiques où j’ai mené mes recherches(Cameroun, Mali, Mozambique, Sénégal), chacun d’eux mettant en scène une expression particulière de la souffrance individuelle et sociale, où les domaines de l’expérience religieuse, du savoir thérapeutique local, de l’ontologie du corps, de la mytho-politique et de la mémoire historique se croisent, se superposent et se questionnent sans cesse.

16 juin 2021
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10:00
Evènement en ligne
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MSH, 54 bd Raspail, salle 15
Roberto Beneduce (Université de Turin)